Guillaume Villeneuve, traducteur
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Remerciements pour le Prix Ptolémée

dimanche 2 octobre 2016, par Guillaume Villeneuve


Monsieur le Maire,

Monsieur le Président du Festival de Géographie,

Mesdames et Messieurs du Jury,

Mesdames, Messieurs,

En matière de remerciements « littéraires », il n’en est peut-être pas de plus beau, car le plus bref, que celui du duc de Coislin, reçu à l’Académie française en 1652, à l’âge de 17 ans, à côté du grand traducteur Perrot d’Ablancourt. Son discours tient en une phrase, après laquelle il se rassit.

Vous me permettrez j’espère d’être un peu plus long. Je ne suis pas duc et n’ai plus 17 ans.

Je dois d’abord me faire l’interprète de celui dont le génie nous réunit, Patrick Leigh Fermor. Sans nul doute il eût commencé par remercier Paul-Erik Mondron, mon ami et notre éditeur belge, qui a tout simplement donné la plus belle édition au monde de son chef d’œuvre (avec le précieux concours du CNL). Le français, décidément, fleurit par la francophonie, sous tous les climats.

Ensuite, le goliard et l’Irlandais en lui eussent été ravis d’être honorés dans une ville fondée par un clerc gyrovague, l’un de ces innombrables Hiberniens qui portèrent l’amour des lettres et la foi partout en Europe, aux heures les plus sombres.

L’helléniste farouche qu’il était se fût enchanté de recevoir un prix placé sous l’égide de Ptolémée. (Et que nous en devions l’essentiel à des traducteurs arabes et musulmans en redouble l’atout). Pour l’avoir lu citant Catulle dans sa lettre de château à l’Abbé de Saint-Wandrille, je gage qu’il vous eût ici cité ce mot

Ego gymnæsii fui flos, ego eram decus olei, [1]
(Pour moi, je fus la fleur du gymnase, ...)
allusion au gymnase vosgien auquel, grâce à vous, il se sentirait agrégé.

Enfin, lui qui évoque maintes fois saint Ambroise dans ce livre, comme bien sûr ses hymnes dans son superbe ouvrage sur le monachisme, Un temps pour se taire, il eût été profondément flatté que le festival soit cette année présidé par un professeur du Collège de France qui nous a si bien parlé de ce grand Docteur de l’Église.

Que vous dirai-je de plus quant à moi, si je reprends bien sûr à mon compte ce qui précède ?

Que le nom de St-Dié m’est familier depuis ma première enfance. Que je sais par les récits de ma mère, de mes aïeux, de mes tantes, ce que furent les bombardements d’octobre 44, la vie dans les caves, la crue de la Meurthe en novembre, la ruine totale avec l’incendie méthodique de cette ville martyre et surtout - après une première arrestation périlleuse par la Gestapo en 1943 - la déportation de mon grand-père, le 8 novembre, avec tous les hommes de 16 à 45 ans, et son retour miraculeux le 12 juin 1945, méconnaissable, la peau sur les os.

Grâce à vous, grâce à ce prix, j’ai l’impression qu’il me saluent aujourd’hui ici, de l’au-delà, qu’ils m’étreignent avec ferveur et ne sont plus des ombres.

Vous ne pouviez me toucher davantage.

Merci beaucoup.

Discours prononcé le 1er octobre 2016, à la mairie, pour la remise du Prix Ptolémée du Festival international de Géographie de Saint-Dié à Dans la nuit et le vent de Patrick Leigh Fermor

Notes

[163, 64


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